Akodah Ayewouadan : « Notre Sommet de Lomé du 8 au 10 avril constituera une grande première pour la promotion des startups en Afrique »

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Ancien étudiant à Poitiers, agrégé de droit et titulaire du CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d’avocat), Akodah Ayewouadan était professeur de droit à Lomé avant d’être nommé en octobre dernier ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement togolais. De passage à Paris, il répond à nos questions sur l’actualité économique du Togo.

Selon le gouvernement, dont vous êtes le nouveau porte-parole, le gigantesque marché unique de la ZLECA est une chance pour l’économie togolaise. Dans cette perspective, quels sont les atouts de votre pays?

Akodah Ayewouadan – Nous considérons dans notre pays que cette Zone de libre-échange vient à point nommé pour faciliter l’intégration des économies africaines et reste aussi congruente avec la recherche d’un circuit court pour l’échange des marchandises.

Pour le Togo, aujourd’hui, les atouts sont multiples. Dans la sous-région, par exemple, nous avons à Lomé un port en eau profonde, particulièrement bien classé et qui nous permet d’ores et déjà d’alimenter un certain nombre de pays dans l’hinterland. En ce qui concerne toujours la logistique, nous avons un aéroport international moderne qui répond aux normes internationales et qui permet lui aussi de faciliter l’acheminement des marchandises.

Un autre atout, qui est très important pour nous, c’est la stabilité de notre pays. Elle renforce la confiance des opérateurs économiques. Beaucoup nous font confiance pour faire passer les marchandises par notre pays dont ils apprécient la stabilité et la sûreté. Ce n’est pas négligeable. Nous avons aujourd’hui une économie qui se veut très dynamique en termes de production de richesses. L’agriculture, par exemple, est un levier très important car, pour échanger, il faut produire et nous avons, là aussi, de véritables atouts à faire valoir.

Notre administration est en train de se moderniser à une allure soutenue. La digitalisation des processus administratifs constitue un atout pour la mise en place de la ZLECA. Tous nos efforts peuvent valoriser l’entrée en application effective de cette belle idée de zone de libre-échange.

L’objectif affiché d’une croissance des échanges intra-africains de 60% d’ici à 2022, l’année prochaine, vous paraît-il réaliste?

Akodah Ayewouadan – Cet objectif est très ambitieux. Pour ce qui est de sa réalisation, aujourd’hui il est difficile de se prononcer car la crise sanitaire liée à la Covid-19 a particulièrement mis à mal les planifications. Il faut sans doute considérer que cette pandémie rebat les cartes et qu’elle peut inciter fatalement à être plus mesuré sur les projections initiales. Même si, au départ, cette forte ambition était pleinement assumée par les Africains.

Le 2 mars, a été annoncée la suspension de la dette du Togo auprès du Club de Paris, et cela jusqu’en juin prochain. À quoi allez-vous attribuer les ressources ainsi libérées?

Akodah Ayewouadan – L’accord sur une suspension de la dette est à saluer en ces temps de pandémie de la Covid-19. Il est conditionné par l’engagement du gouvernement togolais de consacrer les ressources libérées par cette initiative à l’augmentation des dépenses dédiées à atténuer l’impact sanitaire, économique et social de la crise du coronavirus.

De ce point de vue, il faut dire que les mesures d’inclusion sociale sont la figure de proue de l’action gouvernementale. Ce sont des projets prioritaires tournés vers la société et l’individu. Les axes forts d’action visent les secteurs sociaux, l’eau, l’agriculture, la santé, l’éducation. À titre d’exemple, le budget consacré aux secteurs sociaux est de 445,1 milliards CFA (831,83 millions de dollars), en hausse de 10,8% par rapport à 2020.

Quand la plateforme Industrielle d’Adétikopé (proche de Lomé) sera opérationnelle, quels seront vos objectifs en termes d’emplois?

Akodah Ayewouadan – Matériellement, ce projet est très avancé au niveau des infrastructures : les hangars et entrepôts sont construits, les voies sont tracées, l’adduction d’eau, l’électricité, etc. Tout cela est déjà en place. Les premiers contrats ont déjà été signés. La société Togo Wood Indsutries SARL s’est installée sur la Plateforme, de même que la Togo Agro ressources SAU, une société agroalimentaire. Cette dernière interviendra dans la transformation du soja, particulièrement sous forme d’huile comestible, positionnant ainsi le pays comme exportateur d’huile de soja dans la sous-région.

Pour ce qui est de la date du début d’exploitation, le gouvernement préfère être prudent, car avec l’actuelle pandémie, il y a beaucoup trop d’incertitudes. À terme, le nombre d’emplois directs et indirects ainsi créés sera bien évidemment fonction du nombre d’industries qui vont finalement s’y installer. Sur la première exploitation, l’on envisage d’atteindre quelque 34 000 emplois et ensuite le nombre final d’emplois pourrait augmenter encore.

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«Le Togo se situe désormais à la 8e place en Afrique
du classement Doing Business»

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Votre gouvernement vient de décider la gratuité du raccordement au réseau électrique pour les TPME… Quels sont vos autres dispositifs phares pour améliorer l’attractivité du Togo et le climat des affaires?

Akodah Ayewouadan – Sur le climat des affaires, en général, il y a eu des avancées notables qui se sont notamment traduites par un bond de 40 places du Togo dans le classement Doing business de la Banque mondiale.
Le Togo occupe désormais la 97e place dans le classement général, et la 8e parmi les pays africains. Nous avons été reconnus comme «premier pays réformateur» d’Afrique subsaharienne et les réalisations concrètes en faveur des investisseurs se traduisent par la facilitation de leur installation chez nous.

Il s’agit notamment de la facilitation des procédures de création d’entreprises, la réduction des coûts et des délais d’obtention des permis de construire, la simplification des formalités par la mise en place d’un portail en ligne pour le dépôt des demandes.
L’évolution est du reste continue, puisqu’hier le coût du raccordement à l’électricité a été abaissé et, aujourd’hui, le raccordement est tout simplement gratuit pour les TPME.

Et vous donnez la priorité au retour des investisseurs…

Akodah Ayewouadan – Le gouvernement a révisé le Code des investissements qui encadre et protège l’investissement, en lien avec les normes communautaires. Il a également été mis sur pied une Agence de promotion des investissements et de la zone franche (API-ZF), qui est en passe de devenir opérationnelle et va piloter tout ce processus.
L’API-ZF propose aux investisseurs un interlocuteur unique et un guichet unique, auquel les investisseurs s’adressent pour bénéficier de toutes les prestations dont ils peuvent avoir besoin pour investir. L’expérience a déjà été réalisée au niveau du port, où les formalités sont centralisées à un guichet unique.

Pour les investisseurs, la question de la stabilité et de la sécurité du pays est un intrant économique non négligeable. Plus il est de qualité, moins l’investissement est risqué. Le Togo offre cet atout.
Notre pays est aujourd’hui un vrai pôle financier avec plus d’une dizaine d’institutions bancaires installées au Togo. En marge de cela, le pays s’est fortement développé en matière numérique, avec une ambition de digitalisation élevée. Au surplus, l’infrastructure digitale déjà en place est en train d’être renforcée pour permettre aux investisseurs de pouvoir s’intéresser à notre pays.

Le Togo accueille du 8 au 10 avril prochain à Lomé le 1er WASS (World Africa Startups Summit) consacré précisément aux startups et aux innovations technologiques. Quel est l’objectif de cette manifestation?

Akodah Ayewouadan – Le Togo ne cesse d’innover et se tourne résolument vers la jeunesse africaine de plus en plus ouverte au numérique. Ce Sommet de Lomé s’annonce comme une plateforme de promotion des startups africaines et constituera une grande première en Afrique.

Organisé sous la forme «phygitale» (mi-présentielle, mi-distancielle), il ambitionne d’être un catalyseur notamment du financement de ces «jeunes pousses», qui vont écrire l’histoire de ces prochaines années en Afrique et dont le rôle sera de plus en plus utile pour attirer les investisseurs dans nos pays.
Avec de nombreux speakers et businessmen venus de tout le Continent et plus de 150 stands d’exposition, cette première édition du World Africa Startups Summit (WASS) – dont le thème sera «L’Afrique : laboratoire d’innovations technologiques et de créativités» – est donc un rendez-vous important à ne pas rater. D’autant plus qu’il aura également pour objectif de stimuler la coopération Nord-Sud.

En quoi consistera la nouvelle politique de l’emploi actuellement en gestation?

Akodah Ayewouadan – La politique de l’emploi n’est plus en gestation au Togo, elle est déjà en cours. C’est sans doute son articulation qui est nouvelle. La vision du Chef de l’État, traduite dans la feuille de route gouvernementale, se propose d’adosser la création d’emplois aux forces de notre économie.

Cela se traduit par une construction à la base. Pour obtenir des emplois plus tard, il faut que les compétences et les formations soient adaptées au marché. C’est la raison pour laquelle l’actualisation des formations se réalise en lien avec les besoins de notre économie. La construction des IFAD en porte un témoignage éloquent.
Il y a une vraie ambition en termes d’industrialisation. On le perçoit également avec le projet PIA et cette ambition d’industrialisation, qui est créatrice d’emplois, est elle-même fondée sur notre agriculture, notre écosystème, notamment avec les agropoles en cours d’implantation et qui permettent de redynamiser le secteur de l’emploi.

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«Nous avons mis en place un ministère dédié
à l’organisation du secteur informel
qui représente 20% à 30% de notre PIB»

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En février, vous avez annoncé la réalisation de 80 Zones d’aménagement agricoles planifiées (ZAAP) prévues au Togo en 2021, et un objectif final de 400, soit une ZAAP par canton. Quel est le concept de ces ZAAP?

Akodah Ayewouadan – L’idée de ces ZAAP est très simple. Au Togo, la terre appartient aux collectivités et la résultante immédiate est un morcellement des parcelles. Pour avoir une agriculture efficace, il faut des surfaces plus importantes et une mutualisation des moyens. Pour ce faire, il faut soit rassembler les propriétaires, soit procéder à un remembrement des terres.

Le concept des ZAAP consiste à identifier dans chaque zone au moins 100 hectares et, comme nos sols sont souvent remplis de souches, les «dessoucher» pour les rendre propres à l’agriculture. L’État met alors à disposition du matériel mécanique lourd pour dessoucher ces 100 hectares et les rendre cultivables pour une exploitation agricole efficace et rentable.

Les agriculteurs sont incités à se regrouper en coopératives et à développer des cultures en phase avec la carte de fertilité des sols élaborée par l’État. Les ZAAP réunissent sur un même site des blocs pour la production des cultures vivrières, le maraîchage, la production d’arbres fruitiers, l’élevage et la pisciculture. Elles modernisent les techniques culturales et la dynamique des coopératives agricoles.

Les ZAAP sont rattachées aux ZAPB. Une ZAPB est un système d’exploitation bovin dans un domaine circonscrit, regroupant des pools de troupeaux bovins d’une localité donnée, disposant d’atouts naturels et d’infrastructures sociales de base comme une école, un dispensaire, un cabinet vétérinaire.

Quel pourcentage du PIB représente l’activité informelle dans votre pays? Êtes-vous engagé dans un processus de formalisation de l’informel, comme c’est par exemple le cas au Sénégal, où l’on aide financièrement les entreprises informelles à franchir le pas?

Akodah Ayewouadan – Le secteur informel est très dynamique au Togo et il représente actuellement – selon les chiffres du FMI – entre 20% et 30% du PIB. La place du secteur informel est importante dans l’économie et dans la vision du gouvernement de faciliter la formalisation du plus grand nombre d’acteurs.

En réalité, ce travail avait déjà débuté avec la Direction pour l’organisation du secteur informel (DOSI) qui, grâce à un certain nombre de produits créés, permet à nos concitoyens œuvrant dans le système informel d’entrer dans le formel avec une volonté forte de les protéger socialement, de leur donner accès à des financements, puis de les accompagner pour les aider à grandir. En 2020, plus de 1 500 entreprises ont ainsi déjà basculé de l’informel vers le secteur formel.
Lors de la formation du dernier gouvernement en octobre 2020, un ministère dédié au secteur informel a été créé et confié à Mme Mazamesso Assih, ministre chargée de l’Inclusion financière et de l’Organisation du secteur informel.

Où en êtes-vous de votre programme PASSCO II de facilitation d’accès à l’eau et d’assainissement, soutenu par l’AFD?

Akodah Ayewouadan – Ce programme est la suite d’un premier PASSCO qui a permis de construire près de 500 ouvrages d’eau dans la région des savanes. Le programme PASSCO II a pour objet de permettre aux populations rurales – aux établissements scolaires et aux centres médico-sociaux – dans la région des savanes et la région de la Kara d’avoir un accès facilité à de l’eau potable. Il s’agira concrètement de la réhabilitation de 200 anciens forages à raison de 100 par région et la construction de 200 latrines modernes.
Ce projet va consister en la création de forages et de mini AEP (adduction d’eau potable). Il s’agit d’un beau programme financé en partie par l’Agence française pour le développement (AFD) qui permettra à 300 000 personnes dans les deux régions d’avoir accès à l’eau potable et de disposer de latrines modernes dans les écoles et les centres de santé.

Les PPP, partenariats public-privé, ont-ils un avenir au Togo?

Akodah Ayewouadan – Les PPP sont déjà une réalité au Togo. Cette réalité conjuguée au présent nous impose une réflexion et un renouvellement du cadre législatif et réglementaire des PPP.
La loi qui régit les PPP date de 2014 et ne semble pas complètement en phase avec les exigences de l’heure. En effet, les évolutions sociales, institutionnelles et réglementaires du Togo exigent une réforme du cadre des PPP.

À titre d’exemple, la décentralisation et la déconcentration gagnent à être prises en compte dans les règles qui organisent les PPP. De même, de nouveaux modèles de PPP, comme le PPP social, pourraient faire l’objet d’une réflexion endogène. Les PPP ont donc un avenir au Togo et il nous appartient de l’écrire à l’encre de nos réalités.

Propos recueillis à Paris par Bruno FANUCCHI
pour AfricaPresse.Paris
@PresseAfrica

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