La femme, tout sauf l’erreur

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Le respect de la gent féminine, ou le respect des droits de la femme est loin d’être totalement une réalité au Togo. De nos jours, il y a de ces femmes qui occupent des postes de responsabilité et pas des moindres. Elles ont ainsi la possibilité de rentrer dans certaines sphères jadis interdites à elles. Ceci pourrait faire croire que c’est gagné pour le droit de la femme, mais il n’en est rien. Le mal persiste et il demeure profond.

Égalité homme-femme ? Cela relève de la chimère au Togo. C’est en tout cas le moins qu’on puisse dire après une analyse sérieuse de quelques faits et gestes. Les femmes peuvent se glorifier aujourd’hui d’avoir une des leurs comme présidente de l’Assemblée Nationale (Mme Yaya Tsegan), une des leurs comme premier ministre (Mme Victoire Tomegah Dogbé) en plus du fait que l’actuel gouvernement compte 33 ministres dont 11 femmes.

Si on ne s’en tient qu’à cela, on peut aisément dire que l’égalité des sexes, le respect de la femme ou les droits humains de la femme sont en très bonne voie. C’est en réalité l’intention du chef de l’Etat Faure Gnassingbé qui veut donner à la femme la même chance qu’aux hommes. Un bon début, dira-t-on. Mais dans la société, la mentalité est tout autre. La femme dans certaines circonstances n’a toujours pas la même chance.

Au Togo, la femme peut avoir droit à tout sauf à l’erreur. Un exemple banal qu’il est fréquent d’observer dans les rues : « une femme qui, dans sa voiture, commet une petite erreur de code de la route », si, les cris sur elle ne la déstabilisent pas, ce sont les Injures qui vont la traumatiser. Dans cette situation, la femme est traitée de tout, « Achawo, bordel… » La liste des injures est longue.

Madame Lucia Vidzinyo, togolaise fonctionnaire, ne dira pas le contraire.

« Franchement, je ne sais pas ce qui pousse les gens à réagir ainsi dans la rue envers les femmes. Malheur à la femme qui commet une petite erreur dans la circulation surtout quand elle conduit une voiture de luxe. Tout de suite, vous entendrez sur elle, Mi kpo ‘ashawo’ yea da (ndlr, regardez cette prostituée). D’autres crieront que, quand vous faites de la prostitution pour payer vos voitures, allez les conduire ailleurs, ne venez pas nous tuer avec. Ce sont ces genres d’injures qui sortent des bouches. C’est comme si la femme ne peut pas travailler et payer son propre bien et que c’est forcément en se prostituant ou par un homme qu’elle peut se réaliser. C’est déplorable et ça fait mal. Quand tu écoutes ça et tu viens au boulot, tu es traumatisée et tu as du mal à t’en remettre », s’est lamentée Mamade Lucia.

Dans le même sens, Mlle Esi Noféli, employée de banque à Lomé, affirme que :

« c’est un phénomène qu’on trouve banal, mais qui inquiète en vérité. Chaque matin dans la rue, les femmes, celles qui roulent en voiture sont vues de mauvais œil par les hommes et aussi par d’autres femmes qui pensent qu’une femme dans de grosses bagnoles, c’est grâce à son sexe ou parce qu’elle est dans des trucs de secte ».

Autre exemple, pour les femmes qui ont la chance d’avoir un poste de responsabilité dans une entreprise, organisation ou administration, c’est vrai que tant bien que mal, elles font l’effort d’assumer, mais malheur à elle si elle échoue dans sa fonction, non seulement elle n’a plus droit à une autre chance, mais elle est traitée de sexe faible incapable d’assumer quoi que ce soit. L’on imagine ce qu’il en sera si l’une des ministres conduisait mal son département et le tollé que cela pourra susciter. A côté on en viendrait même à passer sous silence le harcèlement sexuel que les femmes subissent dans les écoles, dans les entreprises ou dans la société en général avant d’avoir des opportunités.

Aussi, il n’est pas à oublier que dans les contrées les plus reculées, le droit de la femme ou l’égalité de sexe n’est rien d’autre qu’un concept. La femme, dans de nombreux milieux, n’a toujours pas droit à l’héritage, elle n’a pas droit pleinement à la parole et elle est considérée comme bonne pour la maison.

C’est dire qu’au final, la lutte pour l’égalité genre est loin de connaître sa fin. Comme le prône le Chef de l’Etat, il va falloir encrer le « concept » dans la tête des gens et pourquoi pas aller aux sanctions s’il le faut.

Stanislas AZIATO

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