À Lomé, la Chambre de Commerce et l’Université mettent fin au modèle où l’on forme d’abord pour cherche du travail ensuite. Leur partenariat, signé la semaine dernière, inverse la logique. Car ce sont les besoins des entreprises qui dictent désormais les contenus, les stages et même les langues enseignées.
La scène se joue entre deux mondes qui se regardaient de loin depuis trop longtemps. D’un côté l’Université de Lomé, de l’autre la CCI-Togo. Entre les deux, des milliers de jeunes formés qui peinent à décrocher un premier contrat parce que le décalage entre l’amphi et l’usine reste béant. L’accord paraphé par Dr José Kwassi Symenouh et le Professeur Kossivi Hounaké entend combler ce fossé une bonne fois.
« Nous brisons ces cloisonnements pour bâtir un pont solide, structurant et durable », a lancé le président de la CCI-Togo lors de la signature. Un message clair qui répond à l’urgence d’une économie en mutation. Industrialisation, digitalisation, montée en puissance de l’agro-industrie : les entreprises togolaises réclament des profils immédiatement opérationnels alors que l’université produit encore trop de théoriciens à reconvertir.

Le Professeur Hounaké ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme qu’on ne doit plus former pour former mais parce qu’il y a des besoins à combler. Le changement de paradigme est posé et le partenariat en tire toutes les conséquences. Les maquettes de formation seront désormais discutées avec le secteur privé afin que chaque compétence enseignée réponde à une attente réelle du marché. Les étudiants seront immergés en entreprise dès les premières années pour que le stage ne soit plus une formalité de fin de cycle mais un mode d’apprentissage continu.
L’entrepreneuriat devient lui aussi une matière à part entière, avec incubation et mentorat portés par les réseaux de la CCI-Togo.
Sur le terrain, deux projets donnent corps à cette ambition. Le premier est une école de commerce pensée avec les chefs d’entreprise pour coller aux réalités des PME et des groupes régionaux. Le second est un centre de langues des affaires où l’anglais et le chinois deviennent des outils de travail, indispensables pour négocier des contrats à Accra, Abidjan ou Guangzhou. À cela s’ajoutent des programmes de recherche appliquée menés conjointement, des rencontres régulières avec des leaders du secteur privé et des formations continues calibrées sur les métiers en tension.
Pour la CCI-Togo, l’enjeu est d’offrir à ses membres un vivier de talents qui n’ont plus besoin de six mois d’adaptation avant d’être productifs. Pour l’Université de Lomé, il s’agit de redonner du sens au diplôme en garantissant qu’il débouche sur une compétence monnayable.
Les deux institutions misent sur une révision profonde de l’enseignement supérieur où la réussite ne se mesure plus en taux d’obtention de licence mais en taux d’insertion réelle. Si le pari est tenu, le marché de l’emploi togolais pourrait basculer. Les recruteurs viendront chercher des profils sur le campus comme ils le font sur les plateformes professionnelles, avec la certitude de trouver des jeunes déjà prêts. Dans le cas contraire, l’accord rejoindra la liste des intentions affichées sans lendemain. Le pont est lancé, reste à le faire traverser par des promotions entières.