Face à la Nation, le Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé a livré ce dimanche un discours de rupture pour le 66è anniversaire de l’indépendance du Togo. Loin des commémorations nostalgiques, le chef de l’exécutif a érigé l’indépendance en « responsabilité permanente » et dévoilé les cinq convictions qui guideront la Ve République.
Dès les premiers mots, le ton est donné. « Notre Nation se souvient. Elle honore. Elle célèbre. » Mais célébrer ne suffit plus. Pour Faure Gnassingbé, 66 ans après 1960, l’enjeu est de « traduire l’indépendance en progrès concret pour chaque Togolaise et chaque Togolais ».
Il pose trois questions directes : « Sommes-nous capables de faire vivre cette indépendance ? Sommes-nous capables de la renforcer ? Sommes-nous capables de la traduire en progrès concret ? » Autant d’interrogations qui structurent son adresse à la Nation, la première depuis l’entrée du Togo dans la Ve République.
Une indépendance qui se démontre tous les jours
Premier axe : sortir du symbole. « Être indépendant aujourd’hui, ce n’est pas seulement être souverain en droit. C’est se donner les moyens d’agir concrètement. » Le président du Conseil mesure l’indépendance à trois étalons : « la solidité de nos institutions, la vitalité de notre économie et la cohésion de notre société ». Une indépendance « concrète, exigeante, responsable » qui « ne se proclame pas, mais qui se démontre ».
Souveraineté et résilience face à un monde dangereux
Deuxième conviction : la lucidité géopolitique. « Le monde a changé. Il est plus incertain, plus fragmenté et aussi plus dangereux. » Entre défis sécuritaires régionaux, tensions mondiales et raréfaction des financements, la souveraineté devient « une nécessité ».
Faure Gnassingbé la définit : « Réduire nos dépendances, sécuriser ce qui est essentiel, être en mesure de faire face aux chocs. » Mais il écarte tout repli : « La souveraineté ne signifie pas se fermer. Elle suppose d’être ouverts avec lucidité », à travers « des partenariats équilibrés, une diplomatie active et un engagement régional fort ».
Répondre aux attentes, pas aux promesses
Troisième message, le plus social : « L’indépendance ne prend tout son sens que si elle améliore la vie quotidienne. » Emploi des jeunes, eau, électricité, santé, éducation, équité territoriale : les attentes sont « connues » et « légitimes ». La réponse de l’État ? « Des résultats. Pas des promesses. Des actions visibles. »
Protéger, Rassembler, Transformer : la feuille de route des 6 ans
Quatrième point : l’opérationnel. Le président du Conseil dévoile l’architecture de la feuille de route 2026-2032. Trois « exigences » qui ne sont « pas des slogans » mais des « principes opérationnels ». Protéger : « Sécuriser les fondations de la République », garantir la paix, assurer la présence de l’État partout.
Rassembler : renforcer la cohésion, l’équité entre territoires et populations.
Transformer : « Produire mieux, transformer localement et créer plus de valeur ici ». Cela passe par l’agriculture, la formation aux métiers, les infrastructures : « des routes qui relient nos marchés », « un port performant », « des zones industrielles ». Objectif : « que davantage de richesses soient produites ici, au Togo ». « Protéger. Rassembler. Transformer. Un socle, un équilibre, une dynamique » au service du pays, résume-t-il.
Une stratégie qui appartient à tous les Togolais
L’appropriation collective. « Une stratégie, aussi bonne soit-elle, ne réussit pas seule. » La Ve République impose « une action publique plus ouverte, plus concertée, plus responsable ». Dans les prochaines semaines, des échanges seront lancés avec les institutions, le privé, la société civile et les partenaires pour « enrichir, partager, parfaire » la feuille de route. « Car cette stratégie ne peut réussir que si elle vous appartient à tous. »
« L’indépendance est un projet »
En conclusion, Faure Gnassingbé refuse le passé figé : « L’indépendance n’est pas un souvenir. C’est un projet. Un projet exigeant. Un projet collectif. Un projet pour l’avenir. » Un projet pour « construire un Togo plus souverain, plus résilient, plus juste, et plus prospère ». Le discours s’achève sur la formule républicaine : « Que Dieu bénisse notre pays le Togo. Vive la République. Vive le Togo. »
Le 27 avril change d’ère
Avec cette adresse, le 66è anniversaire marque un tournant. Le chef de l’exécutif arrime la commémoration à l’action publique et inscrit la Ve République dans une doctrine claire : moins de rhétorique, plus d’impact. L’indépendance devient un indicateur de performance. Reste à transformer les cinq convictions en résultats mesurables d’ici 2032.




