Chaque jour sur la Route nationale n°1, le poste de péage de Davié fait face à une pratique devenue courante. Plutôt que de s’acquitter des 50 FCFA demandés aux motos depuis 2021, de nombreux conducteurs quittent la chaussée avant l’installation officielle, passent par des pistes tracées dans la brousse et reprennent la route quelques mètres plus loin.
Cette contribution, décidée par l’État togolais, alimente la Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER). L’objectif est de mobiliser des ressources pour l’entretien, la réhabilitation et la sécurisation du réseau routier national. Sur le terrain, l’application reste inégale.
« Chaque jour, on voit des motos passer par la brousse comme si c’était devenu normal », témoigne un riverain. « Pourtant, ceux qui paient ne sont pas plus riches que les autres. » Aux heures de pointe, ce sont parfois plusieurs dizaines de motos qui empruntent ces déviations improvisées sous les yeux des autres usagers.
Pour plusieurs conducteurs et habitants, le problème dépasse le montant symbolique de 50 FCFA. Il révèle une réticence à participer à l’effort collectif. « Beaucoup veulent profiter des routes, mais refusent de contribuer à leur entretien », note un usager régulier de la RN1. Un conducteur de taxi-moto résume : « Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de mentalité. Si chacun commence à contourner les règles, on ne peut pas avancer collectivement. »
Au-delà de l’aspect financier, le contournement crée un précédent. Quand le non-respect des règles devient banalisé, l’autorité du dispositif public s’affaiblit. Il génère aussi des risques concrets : accidents sur les sentiers instables, érosion des abords de la route et dégradation de l’environnement immédiat du péage.
Les ressources collectées par la SAFER servent pourtant directement à maintenir les axes en état et à améliorer la mobilité sur l’ensemble du territoire. Certains usagers justifient leur attitude par des difficultés économiques ou un désaccord avec la mesure, d’autres y voient une charge inutile. Mais pour de nombreux observateurs, le sujet central reste celui du respect des obligations citoyennes.
« Le développement passe aussi par le respect des petites obligations citoyennes », rappelle un enseignant de Davié. « Lorsqu’une règle est établie pour tous, chacun doit faire sa part. »
Au-delà des 50 FCFA, c’est donc la question de la solidarité nationale et du civisme routier qui se pose au quotidien au poste de Davié.




