Le ministre de la Sécurité et le ministre de la Justice et des Droits humains ont apporté des précisions le vendredi 21 août dernier sur l’interpellation de trois membres d’une équipe de tournage au nord du Togo, une affaire largement commentée sur les réseaux sociaux ces dernières semaines.
Selon le communiqué conjoint signé par le colonel Calixte Batossie Madjoulba et Pacôme Yawovi Adjourouvi, les faits remontent au 27 juillet 2026. Les trois personnes ont été interpellées par des agents de sécurité au marché de Matchatom, dans la préfecture de la Binah. Elles y réalisaient des prises de vue, notamment avec un drone dont les caractéristiques n’avaient pas été déclarées au préalable.
Le 4 août, une équipe de la Brigade de recherche et d’investigation de Kara les a conduites à Lomé et a remis les intéressés ainsi que le matériel saisi à la Direction centrale de la police judiciaire. La DCPJ a ensuite saisi le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Lomé, qui a ordonné l’ouverture d’une enquête.
Une autorisation jugée non conforme aux lieux de tournage
D’après les résultats de l’enquête, l’équipe intervenait dans le cadre d’un projet de film documentaire intitulé « Les Routes de l’impossible », pour le compte de la société française Tony Comiti Productions.
Les deux ressortissants français et leur collaborateur togolais présentaient une autorisation délivrée le 19 juin 2026 par le ministère chargé du Tourisme, de la Culture et des Arts. Signée au seul nom de M. VEDOMEY Komi Mawufemo, producteur-réalisateur togolais et unique requérant identifié, cette autorisation comportait des instructions précises sur les formalités administratives.
Or, les investigations ont établi que le document était strictement limité à des localités déterminées. Il ne couvrait ni Mango dans la Région des Savanes, ni Guérin-Kouka, ni Matchatom dans la Binah, où l’interpellation a eu lieu. Les ministres soulignent par ailleurs que certaines de ces zones sont soumises à un régime de sensibilité sécuritaire particulière en raison de l’état d’urgence en vigueur au Togo. L’enquête a également relevé plusieurs irrégularités dans la préparation et l’exécution du projet.
Ouverture d’une procédure judiciaire
Sur la base d’indices graves et concordants, des poursuites ont été engagées du chef de fausses déclarations, infraction prévue par l’article 680, 5° du nouveau Code pénal.
Présentés au parquet le 17 août 2026 en présence de leur avocat, les trois intéressés ont été entendus par le procureur de la République. Une information judiciaire a immédiatement été ouverte et confiée à un juge d’instruction. Le même jour, le magistrat a procédé à leur inculpation pour fausses déclarations et a décerné des mandats de dépôt. La procédure se poursuit désormais devant le juge d’instruction, dans le respect de son indépendance.
Les ministres précisent que la procédure ne porte ni sur le contenu éditorial du documentaire, ni sur la liberté de la presse, mais uniquement sur le respect des dispositions administratives, réglementaires et sécuritaires applicables au Togo.
Conditions de détention et rappel des principes
Le communiqué indique que les trois personnes sont détenues en lieu sûr, dans des conditions conformes aux normes internationales, notamment aux Règles Nelson Mandela. Elles bénéficient de l’assistance d’un conseil depuis l’enquête préliminaire, de l’assistance consulaire française, et ont été autorisées à communiquer avec leurs familles.
Les deux ministres réaffirment l’attachement du Togo à l’État de droit, aux droits de la défense, à la présomption d’innocence et aux engagements internationaux du pays. Ils rappellent que les règles relatives aux tournages sur le territoire national s’appliquent à tous, sans distinction de nationalité, et appellent à laisser la justice suivre son cours sans interprétation prématurée.




