Depuis le mercredi 16 septembre 2026, Lomé la capitale du Togo s’est transformée en un véritable centre de la riposte contre la criminalité financière liée aux actifs virtuels. C’est l’hôtel Sancta Maria qui abrite les travaux de cette rencontre régionale de haut niveau consacrée à la mise en œuvre de la Recommandation 15 du Groupe d’action financière (GAFI).

Organisé par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), en collaboration avec le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), cet atelier qui prend fin ce jeudi 18 septembre, vise à renforcer les capacités des États membres à faire face aux risques liés à l’essor des actifs virtuels (AV) et des Prestataires de Services d’Actifs Virtuels (PSAV).

Si l’adoption croissante des actifs virtuels en Afrique de l’Ouest offre des opportunités en matière d’innovation, d’inclusion financière et de transactions transfrontalières, elle est aussi de plus en plus exploitée par les réseaux criminels pour le blanchiment de capitaux, la fraude, la cybercriminalité et le financement du terrorisme.

Or, les récents rapports d’évaluation mutuelle du GIABA révèlent que la plupart des États membres restent non conformes ou partiellement conformes à la recommandation 15 du GAFI. Ce qui est à l’origine des cadres juridiques inadéquats, une supervision faible, des systèmes limités d’enregistrement et de licence des PSAV et une mise en œuvre insuffisante des contrôles de Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme (LBC/FT).

Cet atelier entend donc répondre à ces défis. Ainsi pendant trois jours, les acteurs seront outillés pour mieux identifier et évaluer les risques, réglementer et superviser efficacement les PSAV, et mettre en œuvre la règle de voyage (Travel Rule) du GAFI.

En plantant le decor, Kodjo Attisso, coordonnateur ⁶du centre de fusion de l’ONUDC a souhaité la bienvenue aux représentants des 11 États du GIABA et remercié les autorités togolaises, le GIABA et le partenaire financier américain INL du département d’État US qui finance la rencontre. Pour l’occasion, il a rappelé que l’Afrique de l’Ouest vit une transformation numérique rapide qui font que les actifs virtuels offrent de grandes opportunités d’inclusion financière, mais sont aussi de plus en plus détournés pour le blanchiment, la fraude et le financement du terrorisme. Ce qui pour sa part amène l’ONUDC à faire de ce sujet une priorité stratégique, en renforçant les capacités des CRF, police, justice, douanes et superviseurs, notamment sur les enquêtes blockchain, le traçage des cryptomonnaies et la saisie des avoirs numériques. L’objectif de ces trois jours selon lui, est d’examiner la recommandation 15 du GAFI, la règle de voyage, partager les expériences africaines et élaborer une feuille de route régionale pour un écosystème financier numérique plus sûr et transparent, sans freiner l’innovation.

En ouvrant cet atelier, Aquitème Tchaa Bignossi, président de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF-Togo), représentant le ministre des finances et Président du CONAC, a souligné la double facette des actifs virtuels qui pour lui constitue une opportunité majeure pour l’innovation et l’inclusion financière, mais aussi un risque croissant d’exploitation à des fins de blanchiment de capitaux, fraude, cybercriminalité et financement du terrorisme. Pour cette rencontre de Lomé, il a rappelé que la question n’est plus de savoir si les actifs virtuels font partie de l’environnement financier car il estime, qu’ils en font déjà partie mais la question est de savoir comment en tirer profit tout en maîtrisant les risques. « D’où l’enjeu de la recommandation 15 du GAFI, qui exige l’identification des risques, l’agrément des PSAV, leur supervision et la mise en œuvre de la règle de voyage » a-t-il fait comprendre.

À travers son allocution, il a précisé que le Togo a déjà pris les devants en transposant la directive UEMOA 2023 sur la LBC/FT dans la loi n°2026-001 du 3 mars 2026. Tout en évoquant les défis révélés par les évaluations mutuelles du GIABA qui sont les cadres juridiques faibles, la supervision insuffisante, les difficultés à identifier les PSAV, il a insisté sur les besoins en capacités opérationnelles pour les CRF, les services d’enquête et la justice à savoir: analyser la blockchain, tracer les actifs, recueillir les preuves numériques et saisir les avoirs criminels. Il a aussi appelé à une action concertée entre banques centrales dont la BCEAO, régulateurs, CRF, police, gendarmerie, douanes, justice et secteur privé (PSAV, FinTech), soulignant que les actifs virtuels ignorent les frontières et exigent une réponse coordonnée et internationale.

Il a enfin souhaité que les trois jours de travaux aboutissent à des recommandations opérationnelles et à une feuille de route régionale avec des priorités législatives et de renforcement de capacités, pour que l’innovation ne devienne pas une vulnérabilité, mais s’inscrive dans un système financier sécurisé et transparent.

Rappelons que cet atelier a regroupé des représentants des Cellules de Renseignement Financier (CRF), des banques centrales, des régulateurs financiers et boursiers, des autorités de supervision LBC/FT, des services répressifs et des autorités de poursuite, des ministères des Finances, des Coordonnateurs nationaux LBC/FT, du Secrétariat du GIABA, de Prestataires de Services d’Actifs Virtuels (PSAV) et d’entreprises FinTech sélectionnés, ainsi que des partenaires techniques et financiers internationaux. Ces participants sont issus de onze États membres du GIABA, à savoir le Bénin, le Cap- Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Nigéria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

À l’issue des travaux, une feuille de route régionale et des actions prioritaires seront élaborées pour aider les pays à renforcer leur conformité avec les normes internationales et à approfondir la coopération régionale pour préserver l’intégrité financière.

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