Une société se mesure aussi à la façon dont elle protège celles qui mettent la vie au monde. Sur ce terrain, le Togo avance. Lentement, mais avec des résultats concrets.
La lutte contre la mortalité liée à la grossesse et à l’accouchement reste un chantier exigeant. Les objectifs des ODD sont encore loin. Pourtant, une tendance se dessine : le pays réussit à faire reculer progressivement les décès maternels.
Le changement se voit d’abord dans les hôpitaux. Entre 2019 et 2024, la mortalité maternelle institutionnelle est passée de 314,9 à 161 décès pour 100 000 naissances vivantes. En 5 ans, le risque de décéder à la maternité a donc été divisé par deux. C’est le signe que la surveillance s’est renforcée, que les parcours de soins s’organisent mieux et que les cas à risque sont pris en charge plus tôt. Dans les maternités, chaque vie sauvée compte désormais autant comme indicateur de santé que comme victoire humaine.
Cette baisse s’explique aussi par une nouvelle manière de travailler. Pendant longtemps, le ratio communautaire tournait autour de 399 à 401 décès pour 100 000 naissances. Pour le faire baisser, le pays a misé sur les audits systématiques de chaque décès en maternité.
L’idée est simple et dure à la fois : aucun décès ne doit être traité comme une fatalité. Chaque cas est analysé. L’alerte a-t-elle été donnée à temps ? Le transfert s’est-il fait correctement ? Les protocoles ont-ils été respectés ? Avait-on le matériel nécessaire ? Les réponses à ces questions servent directement à corriger les pratiques et à éviter que les mêmes erreurs se reproduisent.
C’est cette culture de l’évaluation qui change la gouvernance sanitaire. On ne se contente plus de compter. On cherche à comprendre pour mieux prévenir. Et dans cette approche, la crédibilité de l’action publique ne se mesure pas qu’aux discours. Elle se mesure à la capacité de reconnaître les failles, de les corriger et de tenir malgré la difficulté.
Réduire la mortalité maternelle, c’est plus qu’un chiffre. C’est éviter qu’une famille se brise. C’est donner plus de chances au nouveau-né. C’est renforcer la confiance des citoyens dans leur système de santé.
Le Togo n’a pas encore atteint les cibles internationales. Mais la trajectoire est là. Et elle montre qu’investir dans la vie des mères, c’est aussi investir dans la civilisation d’un pays.

